Les cendres de Ptéridium

La fougère et le verre 

Les fougères sont les dernières survivantes d'un groupe de plantes qui formèrent d'immenses forêts aux arbres gigantesques lorsque les premiers végétaux apparurent sur terre.
 On a retrouvé les traces de leurs feuilles fossilisées dans les couches de houille formées à l'époque primaire. C'est à partir de la cendre de fougère que le verre fut obtenu en Orient, plus de 40 siècles avant notre ère, avant de s'éparpiller dans les pays du bassin méditerranéen, Syrie, Grèce, Egypte, Rome.
Jusqu'au XVIIIe siècle, la verrerie ordinaire, la gobeleterie, fut appelée "verre de fougère".

La technique de fabrication mise au point par les Romains utilisait la fougère dès lors que l’approvisionnement en bois ou en soude était déficient. Ce qui fut le cas notamment lors des invasions barbares au IVe siècle et ce jusqu’au XIXe siècle pour les régions les plus pauvres.

L’exploitation des fougères a même repris lors de la Première Guerre mondiale pour pallier la pénurie de potasse qui était essentiellement importée d’Allemagne. La soude fut ensuite obtenue par caustification (à partir de la chaux) De nos jours, la lessive de soude est produite par l'électrolyse d'une solution de chlorure de sodium.

Sous l’action du feu, le sable, la soude et la chaux se transcendent en une matière fluide et vivante qui peut s’étirer, se gonfler et prendre toutes formes et couleurs au refroidissement. Grâce à ses propriétés exceptionnelles, cette substance magique a permis à l’homme d’en tirer une grande diversité d’applications. Depuis la nuit des temps, de génération en génération, les anciens verriers s’efforcèrent de dompter le verre. Ces alchimistes ont fait progresser les techniques, tout en conservant jalousement leurs secrets.



Souffleur de verre au Moyen-ÂGE sur son crénio

Plus tard, l’industrie consommera une grande quantité de cendres de fougères comme source de potasse pour l’élaboration d’engrais, de savon ou de verre (après mélange avec de la silice pour en faciliter le point de fusion) En effet la silice fond à 1700 °, alors, pour optimiser le processus, on lui ajoute des fondants comme la soude, la potasse ou la chaux. La fougère-aigle contient une proportion assez intéressante de potassium (1 à 2 % du poids sec), et surtout un pourcentage élevé de dioxyde de potassium (KO2 ) dans les cendres (40 %)
Au XVIéme siècle, les cendres de fougères servaient également à l'agriculture pour la conservation du foin ou comme complément salé pour le bétail


Verre Fougère

Dans le dernier tiers du 17ème siècle il apparaît, en France, une production de verres à boire caractérisés par une grande légèreté, le célèbre " Verre fougère"  ou dans la plus pure tradition, la potasse extraite de la cendre de fougère était ajoutée comme fondant au sable.

Le même type de verre était également obtenu par addition de cendre de salicorne, cette soude végétale non raffinée entrant dans la composition lui conférait cette teinte olivâtre caractéristique. Les impuretés et les petites bulles d’air présentes au hasard dans la masse vitreuse personnalisaient chaque œuvre tout en la rendant unique. Sous les pièces anciennes, les traces de détachement du pontil, l’outil du verrier, sont révélatrices du façonnage entièrement accompli à la main.
Des quantités très importantes de fougère-aigle étaient exploitées, principalement pendant les mois de juillet et août, où le rendement en potasse par unité de surface était le meilleur.
Ces unités de production de “verre de fougère” ont donné, au moins dans certains cas, le nom de “Fougère” aux lieux où elles étaient implantées.

Faucheur de fougères

C’est le cas de la ville de Fougères (Ille-et-Vilaine) où l’artisanat de verrerie traditionnel employait de nombreux verriers jusqu'à la fin du XXéme siècle. On dénombre plus de 150 formes de cette dénomination dans les différents dialectes du territoire français (sans compter les noms de lieux désignant un peuplement de fougère comme ptéridaie, fougeraie, fouchière, ou foulgière.
La naissance du cristal en France

En 1760, la saline de Rosières, principale cliente de Baccarat et grosse consommatrice de bois pour évaporer la muire, arrête son exploitation à la demande de Louis XV. L’évêque de Metz songe alors à une verrerie, la France manque de verreries d’art, c’est pour cela que le cristal de bohème y entre en si grand nombre et renforce une évasion des deniers royaux.



CHEVAL EN CRISTAL MIDNIGHT
Baccarat
En 1764,  pour créer une bouche à feu lucrative en remplacement de la saline, le Roi autorise la construction d’une verrerie de verres plats et de verres d'art à Baccarat, elle deviendra cristallerie en 1817.

Des modifications pour garder la même qualité de verre conduisent à l'élaboration d'un verre lourd à base de silice et d'oxyde de plomb (24 à 30%), d'une grande pureté et d'un éclat encore jamais atteint.

On remplace l’alcali des cendres en vrac par des cendres de fougères épurées. 
Ces cendres fournissent un verre p
otasso-calcique comme le cristal de Bohême encore plus blanc que le cristal de Venise et se prête admirablement pour la gravure, la taille et les décors peints et cuits au four à moufle

Les verreries  Sainte-Anne étaient nées dans la ville de Baccarat en Lorraine elles deviendront et restent de renommée mondiale.
TeS 2016/db